De la brousse
Article : La saison des riches planteurs
société
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10 mars 2013

La saison des riches planteurs

cacao empaqueté

La ressources principale de la Cote d’ivoire est le cacao on s’en rend vraiment compte au moment de la traite du cacao, quand les sèves séchées et empaquetées sont vendues et que les poches des planteurs se remplissent. La vie prend alors, une autre couleur, une autre consistance.

Et ici à Toumodi, comme dans toutes les villes productrices de cacao en Cote d’ivoire, les planteurs leurs récoltes écoulées, la saison des durs labeurs champêtres terminés, se parent pour la plupart pour de nouvelles saisons.

C’est la saison des gros achats, comme la nouvelle mobylette pour se faciliter les déplacements et marquer son entrée dans la très enviée classe des planteurs prospères. Actuellement, la mythique Peugeot 50 se laisse ravir sa place par

les modèles chinois plus brouillant et plus esthétiques

C’est la saison des nouveaux mariages. Quand l’argent permet de tout remette à neuf, la première femme des durs labeurs et des moments difficiles, épuisée et défraichie, se voit adjoindre une coépouse pour l’aider et la suppléer dans les taches domestiques, pas pour les plus éreintantes, mais tout spécialement pour celle du lit conjugal

C’est la saison des visites en ville, pour se reposer auprès des enfants

La période de la traite du cacao ne remplit pas seulement les poches des planteurs, les jeunes filles aux formes arrondies et généreuse savent aussi en tirer profit

C’est vraiment la saison des « vieux planteurs ». Et les planteurs que les champs ont occupé, fatigué et surtout éloigné de l’ivresse des plaisirs faciles se refont une séance de rattrapage sous les caresses et les mots doux de jeunettes fraiches et intéressées moyennant une partie parfois substantielle de leur pécule.

La fraicheur et la jeunesse ont un cout, que sourire aux lèvres, les poches pleines, la tête au septième ciel beaucoup de planteur n’hésitent pas à payer.

Dommage que toute l’année ne soit pas une longue traite du cacao. Mais heureusement que dans « une vie de fourmille », il arrive quelque mois à «  la cigale »

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Article : 2013, un nouveau cimetière
société et jeunesse en cote d'ivoire.
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3 janvier 2013

2013, un nouveau cimetière

cimetière

Une année nouvelle, un autre cimetière qui s’ouvre, non pas seulement pour accueillir ceux qui nous ont quitté, êtres proches et aimés, brutalement et tragiquement partis, mais surtout pour recevoir nos, tout aussi chères, résolutions de fin d’année, fruits de nos longues méditations et exercices de remises en cause.

C’est triste à dire, mais encore une fois, une année va se dérouler et nos résolutions de fin d’année n’en verront pas la fin.

Nos résolutions font mourir, parfois ce sera encore le fait d’un brutal accident, quand les évènements et les circonstances nous poussent à les mettre en terre et à nous asseoir dessus.

Nos résolutions de fin d’année font mourir, et comme souvent par un suicide volontaire, quand la volonté va nous manquer, quand le courage nous fera défaut, quand l’effort sera trop dur à maintenir.

Comme d’habitude, en 2012, 2011, et les années précédentes, les premières places du cimetière seront occupées par les «je ne ferai plus…». Puis les «je ferai … avant la fin de l’année» viendront leur tenir compagnie progressivement tout au long de l’année.

Tu sais Scoty, nous savions tous que tu refumerais, tu as tenu deux jours, ce n’est pas si mal. L’année prochaine tu tiendras plus longtemps et qui sait un jour … peut être…

Simplice c’est encore l’année de ton mariage, nous attendons la date que tu fixeras l’année prochaine. A force de le programmer, tu déprogrammeras un jour ton regard des belles paires de fesses qui pullulent à Yopougon, et nous pourrons enfin nous saouler à ton vrai mariage.

2013 l’année de la responsabilisation,  les gars, nous savons tous que c’est tellement plus facile de faire l’éternel adolescent, au premier vrai coup dur, ce sera « Allo ! papa ! C’est moi…»

Que l’abandon soit léger ! A vous projets, savamment pensés, impeccablement rédigés, et qui ne verront jamais un début de réalisation. L’esprit conçoit, mais la dure réalité dispose.

Bonne année à tous ! Mes condoléances pour nos résolutions, qui sait peut être 2013 sera moins meurtrière que les années passées. Et comme on le dit a Abidjan, à chaque début d’année :

«  C’est l’année de mon année ».

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Article : Les débris de Noel
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27 décembre 2012

Les débris de Noel

Couple dansant à contre-jour par couscouschocolat via Flickr, CC
Couple dansant à contre-jour par couscouschocolat via Flickr, CC

 

« Vive noël, Joyeux noël ! » a-t-on crié, heureux, le 25 décembre. Mais hélas cette joie, pour beaucoup, sera de courte durée, et les querelles du 26 décembre font vite oublier la beauté et le laisser aller de la fête de Noël.

Mes compatriotes ivoiriens ont érigé pour la plupart en tradition de passer la veille de Noël, ainsi que la Saint Sylvestre, avec la personne qui leur est la plus chère, en générale, son autre moitié, l’élue de son cœur.

Donc le lendemain de Noël est aussi un jour de règlement de compte, pour tous ceux qui n’ont pas eu le privilège de passer la veille de Noël avec la personne qui leur tenait le plus à cœur.

La conclusion dans ce cas de figure est que leur sentiment n’est pas partagé.

Je vous épargnerais aujourd’hui les stratégies et les raisons qui poussent mes compatriotes à se soustraire à la tradition depuis si longtemps instituée, pour vous crier mon ras le bol de ses querelles de couples interminables, qui malheureusement, comme d’usage en Cote d’ivoire, demandent l’arbitrage des proches.

Ce n’est pas de ma faute si Nathalie, censée être à Yamoussoukro, à plus de 300 km d’Abidjan, croise notre chemin au bar Kalao en plein Yopougon. Si tu cherches une raison, ne pleure pas Bohoussou, réfléchi tout juste deux minutes elle est évidente.

Je suis fatigué de faire le médiateur pour ses couples qui vacillent, ne m’appelle plus si Jean Marie n’est plus joignable sur son téléphone, c’est mon frère c’est vrai, mais je ne suis pas son cœur et je ne suis pas son GPS.

Pour tout ceux qui ont financé les vêtements de fête de Clémentine, Myriam, Karine, votre argent n’engage mes sœurs à rien, comme on dit à Abidjan, « le pointeur doit payer cash », mais hélas pour les hommes, la livraison n’est pas garantie, et les frais ne sont pas remboursés.

Si mon téléphone ne passe pas ce n’est pas la peine de me laisser des injures sur ma messagerie, vous savez tous, femmes de mon cœur, que j’ai suffisamment d’imagination pour tout justifier.

A tous les tricheurs, faites comme moi, ayez des excuses et des plans B et C tout prêt, cela permettra à vos proches d’être en paix et de  s’occuper de leur propre problème.

A tous les frustré et les oubliés, s’il vous plait, vos proches sont fatigués de se faire mouiller les épaules, pleurer en silence et préparer votre revanche, il reste quand même la Saint Sylvestre.

Raoul Kessé

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Article : Notre préparation de la fin du monde
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21 décembre 2012

Notre préparation de la fin du monde

 

rue princesse poyLa fin est proche dit-on selon les mayas, et tout le monde devrait s’y préparer. Ici à Yopougon ou je me trouve pour le moment, les préparatifs vont bon train

J’ai déserté ma brousse pour couler les derniers moments de mon ancienne vie dans l’endroit qui m’a le plus façonné

C’est bon la paisible et agréable Toumodi, la savane, les rôniers, les gens aimables, l’air pur, et les vraies valeurs. Mais pour la fin du monde, je préfère la fiévreuse, la bouillante, la grouillante Yopougon.

Et je ne suis pas déçu, la fin du monde, l’anéantissement total est prévue pour le 21 décembre, eh bien, depuis le début du mois de décembre les bars et les maquis les plus cotés fermes. Les églises se remplissent, les veillées de prières ont lieu tous les weekends dans la plupart des quartiers.

Eh Yopougon la spirituelle, car même si c’est la fin du monde, il ne faut pas faire partir de la liste de fin d’année des sorciers, comme on le dit «  être un poulet de janvier », alors prière et veillée

Quant à nos lieux de divertissement préféré, il faut bien faire peau neuve, pour ne pas se faire voler la vedette par les nouvelles ouvertures du mois de décembre

Ah nos chers couturiers et tailleurs commencent à avoir des heures de travail de plus en plus longues, les doses de café sont de plus en plus nombreuse, les clientes de plus en plus impatiente, de plus en plus nombreuse

Nos très cher dépôt de boisson ont le stock en croissante, il faut se prémunir contre toutes les pénuries. Et les bouchons dans les petites rues de la cité de le Yopougon sont maintenant essentiellement provoqués par les longs camions remorques chargé d’alcool en tout genre.

Ici, les préparatifs vont à leur rythme au 21 décembre tout sera prêt pour une ouverture des « shows de fin d’année »

Comme le dit un ami, «  on ne sait jamais si le 21 décembre sera gâté, on s’en fou, parce que dés le 20 on fait le show, s’il ya rien, on continu jusqu’au 31 décembre »

En bon « poyo » si c’est la fin du monde le 21 décembre, il ne reste plus que quelques heures,  ça le serra dans un show monstrueux et une ambiance de folie.

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Article : belle  » fete de la bière » à yopougon.
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2 décembre 2012

belle  » fete de la bière » à yopougon.

Yopougon, la commune la plus animée d’Abidjan a depuis quelques années son festival de la bière. Une fête qu’on ne peut voir qu’a Yopougon, à Poy la joie comme on le dit à Abidjan.

Cette « fête de la bière » est une telle intensité, d’une si vive chaleur, que même moi, j’ai n’est pu m’empêcher de sortir de ma paisible brousse pour l’enivrante fête de la bière.

Et comme d’habitude,  je ne suis pas déçu, la fête est au rendez vous, et même mieux organisée que par le passé..

Ah la belle Poy city !  Commune de la mythique rue princesse, des maquis aux designs les plus raffinés, les meilleurs DJ et le meilleur du Coupé décalé. Poy la joie, les nuits les plus chaudes d’Abidjan se devait d’être le lieu de la « fête de la bière ».

Et quel fête ! La bière est au rendez vous, aux prix  réduits de 250 f cfa la bouteille de 33 cl et 400 f cfa les bouteilles de 66 cl. Chaude, tiède, impeccablement glacé, peu importe, elle coule et recoule.

Les stars, la bock 66, la tuborg, la castel, la Guinness, occupent la majorité des tables, les organisateurs, souvent inventent des pénuries pour lancer des marques peu connu, et même de nouvelles marques

Au fait, le festival est organisé par une brasserie locale, la plus grande, et le festival au début du mois le plus alcoolisé de l’année, Décembre, est un gros coups de publicité pour les marques de la brasserie .

Pendant que l’alcool coule, d’autres stars se produisent sur un podium élégamment éclairé, la sonorisation est impeccable, et les Artistes à la mode se succèdent, pour tous les gouts et évidemment beaucoup de coupé décalé.

Que dire sur les festivaliers, à part qu’ils avaient tous la bonne humeur collée à la peau. C’est rare de rassembler en cote d’ivoire, des milliers de personnes comme il y en a tous les jours du festival, sans bagarre et bousculade. Et pourtant des milliers de jeunes ivres dansent  depuis trois jours  dans la joie, sans bagarre grave.

En plus de l’alcool à prix cassé, la bonne musique, les Filles sont  toutes belles. Belles et sexy, de toute les formes et de tous les genres, j’adore les filles de Poy, j’ai super adoré les filles «  a la fete de la bière ». y avait de quoi réveiller un ivre mort.

En dépit de l’aspect mercantile, la « fête de la bière »  fait maintenant partie du folklore de Yopougon. Chaque année, on attend avec impatience, le show d’ouverture des festivités de fin d’année, et chaque weekend, l’atmosphère se ferra plus chaude jusqu’à la grande finale du 31 Décembre.

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Article : Une enquête rondement menée
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21 novembre 2012

Une enquête rondement menée

Par Cédric Courbois (https://www.apdcanari.com/) [Public domain], via Wikimedia Commons

Des cris, des pleurs, un vacarme terrible dans ce paisible village de la sous préfecture de Toumodi voisin au mien. La cause de ce remue ménage, la résolution d’un meurtre, plutôt de trois meurtres.

Et voila notre expert, auteur de cet exploit, dans sa tenue d’apparat, dansant et exhibant l’arme du crime. Un canari orné de cauris et d’autres bizarreries, une arme de destruction massive d’après ce que j’ai pu comprendre.

Et dans un coin de l’immense concession, ou se déroulait l’enquête, la présumé coupable en pleur sous les huées et les injures de la foule, protégée et consolée par sa famille proche.

L’affaire paraissait complexe, un mort, plus un autre l’année suivante d’une même fratrie. C’est déjà suffisant, pour que tout le monde se pose des questions sur les causes de ses morts. Quand une autre mort se produisit l’année suivante, tout semblait clair, il y avait un meurtrier qu’il fallait trouver.

Eh oui, le coupable était découvert, la seconde épouse du père des décédés. Le mobile, évident, la jalousie, le désire de nuire à sa rivale en lui arrachant ses enfants. L’arme du crime, le mystérieux canari, aux pouvoirs surnaturels, capable de tuer à distance sur une simple invocation.

Et notre expert enquêteur, sourire aux lèvres, vient d’ajouter une nouvelle affaire résolue à son palmarès déjà si prestigieux. Pendant ce temps, les membres de cette famille sont au bord de l’affrontement, les vieilles rancunes refont surfaces, les injures volent et les poings se serrent.

Heureusement, il a fallu toute la sagesse du chef du village, et toute sa force de persuasion, lui le garant de la tradition, pour faire remarquer que pour ces décès c’était le troisième coupable que les soi disant enquêteurs  désignaient.

Ce fut d’abord, une grande mère, ensuite leur propre mère  et maintenant leur belle mère.

Finalement, la vraie sagesse Baoulé a triomphé sur l’hystérie des foules et après les sacrifices d’usages pour apaiser les génies et l’âme des morts, la paix est revenue, apparemment, jusqu’à ce que est prétendu expert vienne la troubler.

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Article : A tous nos morts.
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2 novembre 2012

A tous nos morts.

Vous nous avez quittez, sans l’avoir voulu, afin dans la plupart des cas. Vous êtes loin de nous dans un endroit que nous pouvons qu’imaginaire. Il parait, et cela nous réconforte énormément, que les morts ne sont pas morts.

Vous êtes  la surement au moment ou j’écris ses lignes, et encore à coté de toi qui les lis.

Tous, nous nous souvenons comme d’hier, de l’instant, le premier ou nous avons ressenti votre absence, de nos larmes, de nos peurs, de nos douleurs.

En ce jour, jour spécial que nous devons vous dédié, c’est à vous que nous demandons de nous consoler. Si vous êtes, comme on dit vivant, alors parlez nous, faites dans le vent, dans la pluie, comme vous voulez, mais s’il vous plait, faites nous signe.

Vous tous que la guerre que vous n’avez ni provoquez, ni voulu, est venue arracher à l’affection de vos proches, rappeler vous au bon souvenir de ceux qui prêchent la haine et qu’ils entendent vos arguments dans le vent, dans l’eau, dans le tonnerre.

A vous aussi que la misère et le désespoir  ont emporté à petit feu, car pas d’argent pour les médicaments, pas de médicaments dans les centres de santés, pas de centres de santés, que des pleures, que des souffrances et la mort. Dans les animaux qui rampent ou qui volent, grand ou petit, c’est comme vous voulez, mais toucher l’âme de nos dirigeants, qu’ils savent vos morts, qu’ils connaissent nos peines, le chemin vers vous est de plus en plus court.

Agissez, vous nos morts, nos cher disparus, vos esprits sont forts car nos douleurs sont brûlantes.

A toi Franck, le petit frère que j’aurais tant aimé voir grandir, le ciel est agréable je l’espère, que plus aucun enfant ne parte comme toi, trop jeune, faute médicament pour soigner sa maladie. Que tous les gamins d’Afrique puissent grandir, devenir des hommes, avoir leur première gueule de bois, leur première copine, leur premier chagrin. J’espère que Dieu te permettra, comme à tout ceux partis comme toi, trop tôt, de grandir et de devenir des hommes dans son paradis.

A vous nanan Oka, nanan Aboh, nanan Konnin, que tous les jeunes d’Afrique puisse avoir une vie remplir comme la votre, et au crépuscule de leur vie, accueillir la mort avec sourire et lui dire comme vous << la mort peut venir>>

A toi, Philippe, le Hokake, l’ombre de feu, que la  » volonté du feu ne se perde pas ». Certains martyrs s’explosent et tuent, avec l’espérance que dix vierges les accueillerons au ciel. Ils regretteront désormais leur sacrifice, avec toi, les vierges sont en voie de disparition, même au paradis.

A toi, Laetitia, maintenant tu es avec des semblables, les anges. Déjà sur terre, tu en avais la beauté et la grâce.

A vous, mes frères, Aimé, Elvis, Ibrahim, nous continuerons à nous serrer les coudes.

A vous nos morts, toujours vivants………

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Article : La fièvre de l’hévéa
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31 octobre 2012

La fièvre de l’hévéa

La nouvelle spéculation agricole à la mode en cote d’ivoire est l’hévéaculture. Tous les agriculteurs, comme moi, et tous ceux à la recherche d’une rente sure et régulière, sont informés des formidables performances économiques de l’hévéaculture. Les plantations d’hévéa poussent comme des champignons.

La fièvre de l’hévéa, cette machine à faire du cash, fait chemin, tournant les têtes, remplaçant certaine culture moins rentable.

« Pourquoi t’embêter avec les poulets, fais de l’hévéa, t’es tranquille, y a peu de risque et ça rapporte gros » m’a-t-on souvent, gentiment, mais avec insistance, conseillé. Mais hélas à Toumodi, en pleine savane, l’hévéa ne pousse pas. Sinon, j’aurais été aussi un hévéaculteur. Alors l’argent, beaucoup d’argent dans mes poches, à vrai dire seulement dans quelques années, seulement, le temps coule si vite dans ces cas là.

Mais, mon petit séjour ce weekend, dans la ville de Dabou, me fait voir les choses autrement.

Dabou, est une petite ville, a peu prés 45 Km d’Abidjan. Pour ceux d’Abidjan, Dabou évoque deux choses : la sorcellerie, l’Attiéké. La sorcellerie, n’en parlons surtout pas, mais allons pour l’Attiéké.

Tout le monde mange de l’Attiéké en Cote d’ivoire, un plat fait avec de la farine de manioc cuite à la vapeur. Ça se vend partout, et c’est très consommé, par toutes les couches sociales.

Dabou est celébre, pour la qualité et la quantité de son Attiéké. Du manioc d’une variété délicieuse, des mains expertes pour préparer la farine, des recettes secrètes jalousement préservées, et voila l’Attiéké le plus fabuleux de tout le pays.

Donc j’arrive à Dabou, le ventre vide, avec en tête le plat d’Attiéké à l’huile rouge qu’accompagne une sauce légère au poisson. J’appelle l’amie qui me reçoit, préviens de mon arrivée dans l’heure, et insiste sur l’état de mon ventre et de mon appétit.

A ma grande surprise, après les salutations d’usages, vite liquidées, mon ami me présente un plat de riz. A ma mine déconfite, je l’entends dire :

– « ya plus Bon Attiéké à Dabou déh »

– « pourquoi ? »

– « y a plus bon manioc »

– « pourquoi ? »

– « mon frère, humm, c’est Hévéa tout le monde plante ici maintenant. Tous les champs de maniocs sont devenus champs d’hévéa. La tantie qui fait bon bon Attiéké, elle prend manioc à Dimbokro maintenant, »

Pour les cultures d’exportations les cultures vivrières sont encore négligées, pour du caoutchouc, je n’ai pas eu mon Attiéké.

Continuons, cultivons pour les autres, oublions ce dont nous avons besoin, ce que nous mangeons. Cultivons pour exporter seulement, comme le dit le cousin de mon ami « c’est caoutchouc nous allons manger ».

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Article : Madame le Ministre de la Salubrité, écoutez les pleurs des pauvres commerçants !
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19 octobre 2012

Madame le Ministre de la Salubrité, écoutez les pleurs des pauvres commerçants !

Triste de voir les pauvres commerçants, s’armer de gourdins et de pierres, faire face aux unités des forces de l’ordres lourdement armées. Encore plus révoltant, c’est de voir ces mêmes commerçants penchés sur les débris de leurs étables, les larmes aux yeux et leurs bouches hurlant des prières, des supplications, des flots de malédictions.

Personnellement, je n’étais pas dans la commune d’Abobo, je vis à la campagne, dans la paisible et reposante ville de Toumodi. Mais j’ai reçu, depuis le début de la semaine des dizaines de photos des évènements qui s’y produisaient.

Pour comprendre les évènements  j’ai visité des dizaines de sites et de blogs, parcouru tous les journaux papiers. En plus, j’ai passé de longues heures aux téléphones avec des amis qui résident encore à Abobo.

Et finalement j’ai tout compris. Je sais ce que peuvent ressentir tous les commerçants de la gare d’Abobo, car j’ai moi même tenu pendant trois années, après l’obtention d’une maîtrise d’économie, une échoppe dans un marché.

Par conséquent, je ne ferrai pas le reporter, relatant des manifestations suite à une opération de déguerpissement des commerçants de la gare d’Abobo par le ministre de la salubrité. Je ne ferrai pas non plus le politicien, cherchant à expliquer la résistance aux forces de l’ordre ou à les condamner.

Je sais ce qu’ est une insalubre baraque en bois occupant illégalement l’espace public: des repas, des vêtements, de l’argent, de l’espoir.

Alors tout ce que je vois, c’est la révolte de pères et mères  à qui, au motif d’assainissement, le gouvernement de la république de Cote d’ivoire vient d’arracher le moyen de nourrir leurs familles. Je vois aussi le désespoir de jeunes diplômés à qui l’Etat n’offre aucune opportunité de trouver du travail mais vient d’enlever la source d’espérance.

Que vaut une avenue bien tracée et propre, par rapport à des milliers d’enfants qui pleurent, ventre creux. A quoi d’autres peuvent servir  les quelques centimètres de trottoirs  qui soient préférables aux biens êtres de milliers d’enfants et de chômeurs.

C’est beau une ville propre et bien ordonnée. Abidjan aurait du être ainsi, salubre et bien organisé. Mais peut-on raisonnablement vivre pauvre, sans emploi, ventre creux, la famille mourante, sans espace dédié aux activités informelles, dans une ville belle, moderne, ordonnée et salubre.

Cela fait maintenant cinq jours que des familles sont sans ressources, des milliers de familles, pour que Abidjan soit plus belle. Cela fait cinq jours , que des enfants, crevant la dalle, ne peuvent plus aller à l’école. Cela fait jours, que des mères et des pères, des bras valides, des tètes pleines doivent s’endetter, pleurer et rester inactifs.

Madame le ministre de la salubrité, Mammy bulldozer pour les victimes, Abobo et Abidjan sont moins insalubre, et leurs habitants sont plus pauvres et plus désœuvrés. Vous avez fait votre boulot, même si cela ne vous empêchera pas de dormir, écoutez nos pleurs.

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Le point de vue d'un paysan ivoirien. Un site utilisant Réseau Mondoblog

Auteur·e

L'auteur: Kessé Raoul

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